JOUR 1 : DE PARIS À NANCY
Etape : 384 km
Quand mes deux compagnons de route arrivent au lieu du rendez-vous (Paris 13ème), dans le regard de l’un (Christophe) se lit l’incrédulité béate de celui qui a attendu pendant des mois que vienne enfin ce moment libérateur du lâcher d’amarres, et dans celui de l’autre (Sébastien) se lit l’innocence bienveillante de celui qui n’a jamais posé son postérieur sur un bi-cylindre en V de Milwaukee. Dans le mien, sans doute, doivent briller, par leur absence, les quelques heures de sommeil qui manquent à celui qui a eu la lumineuse idée d’arrêter de fumer quelques jours avant de prendre la route, déguisé en Marlboro Man. Les pupilles incandescentes comme le bout d’une putain de cigarette.
9h : après une traversée laborieuse du périphérique, nous arrivons à Créteil au siège social de Harley Davidson France. Aussitôt, l’impression de replonger trois ans en arrière, quand, en ce même lieu, ce même François Tarrou nous prêta une première fois les mêmes montures, ou presque. Street Glide pour Christophe, Ultra Classic pour Sébastien et moi. Des motos qui vous donnent le sourire : pas seulement pour la légende et la robe, mais parce que les piloter est une expérience à nulle autre pareille. Jamais 413 kg ne se sont sentis aussi légers (je me suis même demandé à un moment si je n’avais pas oublié de faire monter Sébastien à Créteil). Ayant choisi la solution de facilité – peu glorieuse, je le concède – nous demandons à l’affable Boris de nous aider à installer tant bien que mal un GPS sur la plus grosse bête (je parle de moto, pas de Christophe), et nous voilà partis, au son jouissif du mythique « Po-tato-Po-tato ».
Direction, l’est. Le soleil, cette fois, ne nous a pas posé de lapin. Il faut croire qu’Hélios aime les livres. Nous nous extirpons des embouteillages de la capitale et filons vers la Champagne (j’ai bien dit « la », pas « le »…). Il suffit de quelques kilomètres hors du trafic pour voir apparaître sur nos visages ce sourire si particulier du motard en pleine extase.
12h30 : afin de nous ressourcer – car à l’homme comme à la monture qui voyage il faut bien un peu d’orge – nous nous arrêtons à Sainte Menehould, charmante petite commune de l’Argonne bien que ravagée par 14-18. J’ai regardé sur Wikipedia. Au sympathique restaurant du Cheval Rouge, moment surréaliste où, loin de Paris, nous nous entendons pourtant passer en direct sur France Info, comme gratifiés soudain d’un formidable don d’ubiquité.
14h : Nous voilà repartis. Chaque fois qu’un nouveau morceau commence sur les puissants haut-parleurs de la Harley, je me demande si mon passager va supporter longtemps la compil’ de circonstance que je nous ai concoctée, à base de Creedance Clearwater Revival, Led Zeppelin, Deep Purple et Alanis Morissette. Et puis après je n’y pense plus. J’écoute. D’ailleurs, voici que se dessine la Lorraine, terre de mes aïeux et de maître Pelot.
17h : Nous arrivons enfin au cœur de Nancy, à la librairie Stanislas, à quelques pas de la place homonyme. Nous apercevons sur le trottoir un comité d’accueil, composé notamment du libraire, Nicolas, et d’une équipe de France 3 Lorraine venue filmer. Après une visite – malheureusement trop rapide, car le temps nous presse – de cette belle et fort grande librairie (trois niveaux, un bel espace pour toutes les littératures, du polar jusqu’au livre jeunesse, un coin galerie où l’on expose des artistes locaux…) commencent interviews et débats.
Ledit Nicolas confirme alors – hélas – le tableau bien sombre que nous dressons de la librairie en France, écrasée par les loyers en centre ville, la concurrence des grandes surfaces et de la vente en ligne, l’augmentation de la TVA… Les premiers mois de l’année 2012 sont très durs, ici comme dans trop de librairies – la « crise » et la présidentielle n’ayant sans doute pas arrangé les choses. L’espoir se tourne donc vers les jeunes lecteurs, à qui nous devons montrer qu’une librairie, ce n’est pas seulement un lieu où on achète un livre, c’est aussi un lieu où l’on rencontre des humains, des lecteurs, des auteurs, un lieu où l’on peut toucher les pages, effeuiller, discuter, découvrir, voyager, et parfois même boire un verre, écouter de la musique…
Je parle à Nicolas de mon envie nouvelle : plutôt que d’aller parler aux étudiants dans leurs classes (ce que font presque tous les auteurs), nous devrions les emmener papoter dans les librairies. À bons entendeurs (profs, libraires, CNL), salut !
Ayant rendez-vous dès 18h45 dans les studios de France 3 pour faire un direct dans le 19/20 au sujet de la tournée, nous sommes contraints de quitter la librairie Stanislas au pas de course. Nous adressons un véritable « au revoir » (au sens premier du terme) à Nicolas et ses confrères, dont l’accueil et le sourire raviront les futurs adeptes.
Accueil et sourires de mise aussi chez France 3, où l’on retrouve avec plaisir ce très cher Didier Ohmer (vieille connaissance de Gérardmer) et Martin Igier. On y parle de la cause de la librairie indépendante, et un peu de Sérum aussi.
Le soir arrive, et le sérum, justement, nous retournons le partager place Stanislas avec Jérôme Camut et Nathalie Hug, qui nous ont fait le plaisir de se joindre à notre dîner.
La journée a été longue, nous terminons fourbus en nous occupant du contenu du blog, que vous êtes d’ailleurs en train de lire alors que nous, du coup, on dort. Et pourtant, nous n’avons rien trouvé d’autre dans le quartier que du Coca et du Schweppes Agrumes… l’éclate totale.
Cette nuit, sans doute, mes rêves seront habités de toutes ces choses et tous ces gens auxquels Nancy me fait irrémédiablement penser – Yves Raggazoli et sa bande, Pierre Gerber et tous les musiciens qui traînent dans ces contrées, les Imaginales d’Epinal, à quelques encablures de là, le Livre sur la Place, bref, des amis, de la musique, et des livres. La vie, quoi.
Vidéo Jour 1 :
A demain.
Life is a cabaret !
Librairie Stanislas
1 rue Dom Calmet
Nancy
Salut. De bonne heure et de bonne humeur je lance la relève de mes mail et comme chaque jour quelques messages de FB avec l’actu d’Henri. Un petit clic sur le lien et me voilà en train de lire ce premier compte rendu. Et la une question me chatouille les neurones : » Qu’est-ce qui, en cet instant, me fais détesté Henri et ses deux potes que je ne connais même pas d’ailleurs ? « .
1/ Qu’Henri soit un écrivain au talent insolant qui fait que chacun de ses livres est une belle aventure, et donc on ne peut pas s’empêcher de les acheter pour les dévorer ?
2/ Que ces deux gars soient potes justement avec cet écrivain au talent insolant ?
3/ Que ces trois là se ballade à moto sans vergogne ?
Ah, je sais , les trois en fait ! Parce qu’en ce moment avec un boulot de fou je n’ai même pas le temps de sortir ma brèle ne serait-ce que pour aller acheter le pain et que trop vanner le soir je prend régulièrement mon bouquin sur le pif parce que quand on dort un livre ne tient jamais très longtemps tout seul à la verticale, donc PAF sur le coin du museau ! Ça doit être une loi immuable de physique.
En tout cas ce n’est pas le tout, faut pas traîner sur les routes Mr Loevenbruck car on a rendez-vous, je vous le rappelle, le 22 à Rouen !
Roh la blague de meeeeeeeeeeeeeerde!!!! oO Le pire c’est qu’elle te fait marrer avant même que tu ne la sortes!
Et puis on a bien vu que vous aviez largué Sébastien sur une aire d’autoroute, vous n’êtes que 2 en arrivant à nancy, ça c’est fourbe!
Très sympa le reportage, plaisir immense de te lire et de t’écouter que ce soir à la radio ou à la télé! Vous devez être en chemin pour Troyes, alors bonne route encore une fois et bonne dédicace!
Bon dommage pour le « gôut » de rouler en Harley, mais l’idée est savoureuse. A quand un tour des villages de livres qui sont aussi en situation périlleuse ?
Un résistant du livre en Poitou-Charentes
Très sympathique et conviviale rencontre à Nancy autour des œuvres d’Henri que je félicite une nouvelle fois pour cette initiative hors du commun où le lecteur devient acteur, où l’anonymat s’efface pour donner place à une véritable rencontre. Merci Henri, merci à ton équipe pour tous ces sourires et cet enthousiasme partagé, pour ce moment d’échanges et par delà, cette conquête des librairies indépendantes.
Bonne route et à très bientôt !
Nancy ma ville natale… à quand Vancouver ma ville de coeur ?
Bon, j’imagine qu’embarquer la Harley dans un avion Air Transat risque d’être compliqué… mais si il te vient l’envie d’une tournée canadienne de Montréal à Vancouver des librairies francophones avant qu’elles ne ferment toutes leurs portes (celle de Van a mis la clé sous la porte il y a plus d’un an, gros snif!), tu sais où me trouver
En attendant, bonne route sur les chemins de France, le bonjour à mes compatriotes amoureux des mots et encore un grand bravo pour cette belle démarche !
De là à ne trouver rien d’autre dans le quartier que du Coca et du Schweppes Agrumes…
J’avoue être dubitative…